Les femmes et la politique locale

Femmes et politique locale : des progrès encore lents

Alors qu’à l’issue des élections municipales 2020 la part des femmes élues a progressé, elle reste faible. Comment expliquer cette lente progression ?

À l’issue du second tour des élections municipales 2020, il est temps de dresser un bilan : les femmes continuent d’être sous-représentées dans la fonction de maire. En effet, même si elles représentent près de la moitié des conseillers municipaux (du fait de la parité obligatoire des listes des communes de 1 000 habitants ou plus), seuls 19% des maires sont des femmes. Certes, cela représente une progression de 3 points par rapport à 2014.

Oui mais voilà, Laurence Rossignol rappelait en 2013 que selon le calcul de quelques mathématiciens, la parité hommes/femmes sur le plan politique ne serait atteinte qu’en 2350, si l’on suivait un accroissement naturel.

Regardons donc de plus près la place des femmes dans les instances politiques locales. Nous proposerons ensuite des pistes pour expliquer la lenteur des progrès de la parité sur la scène politique locale.

La place occupée par les femmes dans les collectivités territoriales

Nous l’avons dit, 19% des maires sont des femmes à l’issue des municipales de 2020, ce qui représente une progression de 3 points comparé à 2014. Mais derrière ces chiffres se cachent une disparité entre les communes, selon leur taille. En effet, la part des femmes élues mairesses dans les plus grandes villes est plus conséquente. Si l’on regarde les 100 plus grandes villes de France, les femmes représentent ainsi 24% des maires élus. Dans les 10 plus grandes villes, on atteint même la parité, avec 50% des maires qui sont des femmes !

Quand est-il des autres collectivités locales ? Ici, c’est la législation qui a permis un vrai progrès. Suite à la loi sur la parité de 2000, de nettes évolutions se sont vues dans les assemblées élues à la proportionnelles. C’est le cas des conseils régionaux, où 48% des élus sont des femmes (selon le Haut conseil à l’égalité (HCE), 2017). La loi de 2013 ayant pour sa part imposé l’élection d’un binôme homme-femme dans les conseils départementaux, la représentation y est strictement paritaire en 2015. Aux élections de 2011, les femmes ne représentaient que 13,8% des élus.

Un bilan qui semble somme toute positif… Mais à y regarder de plus près, nous retrouvons ce fameux plafond de verre, dès qu’il s’agit de l’accès aux présidences de l’exécutif. Nous avons déjà fait le point sur la fonction de maire, occupée à 19% par des femmes. Concernant la direction des 18 régions, nous ne comptons que 3 présidentes. Dans les conseils départementaux, l’écart est encore plus creusé : sur les 101 départements, 9 seulement sont présidés par des femmes. On comprend alors aisément que la France ne soit classée qu’au 46e rang mondial de la plus juste participation des femmes à la vie politique selon le Forum Économique mondial.

Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines : les inégalités de genre touchent aussi les thématiques attribuées. Si on se penche sur les intitulés des adjoints au maire et des vice-présidences de région ou de département, on voit que le domaine des affaires sociales et de la santé est attribué à 80% à des femmes, et même à 100% pour les vice-présidences de région. Il en va de même pour la culture et l’éducation. A contrario, les domaines des transports, du budget et des finances sont presque exclusivement attribués à des hommes.

Femmes en politique : comment expliquer leur sous-représentation ?

Ces constats faits, comment les expliquer ? Déjà, il est intéressant de voir la place des femmes en politique dans l’Histoire. Et force est de reconnaître que la France part de loin. L’historienne Mathilde Larrère rappelle que le corps des femmes a été utilisé comme un argument pour les exclure. Par exemple, en 1792, Pierre-Gaspard Chaumette, procureur de la Commune de Paris et fervent opposant à l’égalité des sexes, justifie le fait que les femmes soient exclues du champ politique par le fait que celui-ci doit “être interdit à tout individu qui outrage la nature”. Cela se passe de commentaire.

La perception qu’ont les femmes de l’univers politique est aussi à prendre en considération. “Quand vous êtes une femme, vous n’êtes pas bien accueillie. La crédibilité n’est pas au rendez-vous” nous expliquait Sylvie Bulteau, conseillère départementale de Vendée. Dans cet environnement hostile, harcèlement et sexisme ordinaire sont de mise, et bien souvent impunis.

De plus, la répartition des thématiques révèlent les stéréotypes de genre véhiculés par la société. Les femmes sont cantonnées à la famille, à la santé, aux affaires sociales, à la petite enfance… Et contre cela, les quotas ne peuvent rien.

Sylvie Bulteau met aussi en évidence une autre réalité : la difficile conciliation de l’engagement politique, d’une carrière professionnelle, et d’une vie de famille. Or, les tâches domestiques et parentales sont encore majoritairement attribuées aux femmes. Selon l’Insee, celles-ci consacrent pas moins de trois heures vingt-six par jour aux tâches domestiques, contre deux heures pour les hommes. Et c’est sans compter la charge mentale. On peut d’ailleurs expliquer la faible part de mairesses, encore plus marquée dans les petites communes ainsi : l’indemnité versée est souvent trop faible, obligeant le cumul de la fonction politique à une activité professionnelle. Un choix tout sauf évident, surtout si on ajoute dans la réflexion la volonté d’une vie de famille.

Au final, une analyse des féministes scandinaves résument bien la situation. Pour réussir en politique, il y a trois conditions : le temps, l’argent, et les réseaux. Trois ressources que les femmes ont moins.

Pour une meilleur représentation des femmes en politique

Sommes-nous donc condamnés à attendre 2350 pour obtenir une vraie parité ?

Nous pouvons agir dès maintenant. En éduquant nos enfants hors des stéréotypes de genre, en encourageant autant les filles que les garçons à diriger. Mathilde Larrère suggère également de remettre les femmes dans les manuels scolaires, et d’enseigner l’histoire de leur exclusion.

Nous l’avons vu, l’évolution de la législation a été indispensable et a permis des progrès significatifs. C’est un travail qu’il faut donc continué. Le Haut conseil à l’égalité suggère par exemple de rendre obligatoire un tandem paritaire à la tête des exécutifs locaux : maire/premier(e) adjoint(e), président(e)/vice-président(e), et de limiter le cumul des mandats pour favoriser le renouvellement du personnel politique. Toutefois, les quotas ont leurs limites. Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, souligne l’enjeu d’une redistribution qualitative, et pas seulement quantitative. Les grands partis, de toute manière, ne respectent pas les quotas et payent les amendes.

L’autre combat à mener est d’aider à une meilleure conciliation de l’engagement politique, de la vie professionnelle, et de la vie privée. Si cela passe par des évolutions structurelles de la société, des outils permettent aussi d’accompagner les élu(e)s. C’est le cas de Neoly, qui les aide aux étapes clés de leur mandat. Suivi des dossiers, simplification de la paperasse, visualisation du budget… Neoly aide les élu(e)s à réduire leur charge de travail et leur charge mentale.

Et selon vous, le numérique peut-il aider à une meilleure représentation des femmes en politique ?/p>